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Emmanuel Merle


Schiste
alidades, collection ’Création’,
12,5 x 21 cm, 44 pages, cahier, 5,50 €, ISBN 978-2-919376-24-7

On n'en a jamais fini avec son enfance, tant il est vrai que nos préoccupations, nos recherches, nos attentes, nos visions du monde et nos angoisses ne cessent de nous confronter à elle, dans une sorte de retour sur soi et de mise à distance où se joue quelque chose qui est de l'ordre du bonheur, tout du moins de sa possibilité vacillante. Il n'y a là sans doute rien de bien nouveau, mais ce qui compte, c'est, comme toujours en poésie et en littérature, la manière. La poésie d'Emmanuel Merle est d'un lyrisme retenu, économe de ses moyens et pour tout dire d'une humilité de bon aloi qui lui fait fuir et redouter toutes les complaisances auxquelles il est bien facile de succomber. Telle est la condition de l'exigence, quand il s'agit d'écrire et partant d'adresser à quelqu'un sa parole : ainsi se réalise l'équilibre si souhaitable entre le respect dû au lecteur et celui qu'on se doit à soi-même. E.M.

Emmanuel Merle est né en 1958 à La Mure et vit à Grenoble. Auteur de nombreux recueils de poésie et d'un recueil de nouvelles, les prix Kowalski et Théophile Gauthier lui sont décernés en 2007 pour Amère Indienne, ainsi que le Prix Rhône-Alpes du Livre en 2008 pour Un homme à la mer. Ses écrits, poèmes et nouvelles, paraissent régulièrement dans différentes revues en France et à l'étranger, notamment aux États-Unis.

“Ce qu'il faut...”

Ce qu’il faut:
une terre vaste, et une route.
Quelques champs bosselés à l’herbe drue
et rase, comme des crânes de condamnés,
et la route, une cicatrice disparaissant,
réapparaissant, glorifiée d’une solitude
ocre et lumineuse.
Car c’est presque le soir:
l’après-midi tutoie sa fin,
un moment issu d’une si longue pratique
que, sur cette terre, tout est tendu,
et plein, et ramassé, en attente d’un bond
toujours possible, toujours remis.
Les montagnes jaillissent immobiles,
des effrois, des nœuds de pierre.
Il faut un ciel,
qu’à l’observer on sente une dérobade,
un exil à portée de vue, une promesse
et son écharde.
L’eau est rare, mais une demeure
est là, et son enclos qui la sépare
du vide.
La vie est sous-entendue mais possible.
Et d’ailleurs des êtres, sachant l’obscurité prochaine,
sortent sur le porche, et l’un prend
la main de l’autre,
pour suspendre le jour.


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